En même temps - Film (2022)

A la veille d’un vote pour entériner la construction d’un parc de loisirs à la place d’une forêt primaire, un maire de droite décomplexée essaye de corrompre son confrère écologiste. Mais ils se font piéger par un groupe de jeunes activistes féministes qui réussit à les coller ensemble. Une folle nuit commence alors pour les deux hommes, unis contre leur gré.

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CINEMA
Critiques : avis d'internautes

Dans le carcan actuelle de la comédie française, difficile de faire rire tout en tentant la satire sans se vautrer dans le mauvais goût une décennie de Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu? et de ses sous-fifres nous l'aura prouvé. Cependant, Gustave Kervern et Benoît Delépine, duo de réalisateurs anars et «grolandais», sont bien les rares à maintenir une excellence dans la farce populaire, détournant les symptômes d'une France socialement déchirée. I Feel Good attaquait déjà la figure du «startuper» libéral, En même temps, dès son titre à la formule célèbre, n'hésite pas à critiquer frontalement le président «en marche», à seulement quelques jours d'une élection présidentielle. On y suit cette fois-ci un maire d'extrême-droite, se camouflant en «extrême-centre», bloqué, collé (littéralement), toute une nuit avec un confrère écologiste.nnLe scénario est alors prétexte à de la caricature à outrance, dans un contexte de trop-plein médiatique qui nous fait ressasser les mêmes caractéristiques évidentes des mêmes candidats dès les dix premières minutes, dans un long monologue de taxi, tous les clichés de la droite sont cochés, et l'on craint la suite tant la satire paraît lourde.nMais la force de Kervern et Delépine est avant-tout de construire des personnages plutôt que des symboles. Dans I Feel Good, Jean Dujardin et sa moue de chômeur ambitieux et libéral prêtaient autant à la moquerie qu'à la sympathie, tant le personnage était concret, dans ses faiblesses et ses moments de beauté. Le constat d'En même temps est le même passée la lourde exposition, les personnages semblent réellement interagir, et de ces interactions naissent leurs réalités, non sans parfois inverser les rôles, retourner les attendus et défier les certitudes du spectateur; ici, les policiers ne sont pas d'extrême-droite, mais d'extrême-gauche.nnCette construction de personnages est encore plus passionnante quand elle passe par le visuel alors que, sans doute depuis les comédies classiques adaptés de pièces de théâtre de boulevard, le genre est souvent cloîtrée dans un cadre restreint et des dialogues excessifs, Kervern et Delépine aèrent leur mise en scène dans des plans d'ensembles qui ouvrent ainsi de même les enjeux. Les détails sont multiples, les gags se confondent et l'humour naît ainsi d'abord d'objets (un poteau, une pipe électronique, ou une trottinette) et surtout des corps. Le corps de Jonathan Cohen d'abord, qui se vieillit pour attirer un certain électorat, celui de Vincent Macaigne, qui voudrait se rajeunir par sa cause mais dont la fatigue et la mollesse sont flagrants, puis leur cohabitation. Avant d'être mentale, celle-ci est physique et son enjeu est alors son fonctionnement la marche, comique de geste à priori désuet, retrouve l'immature saveur des Monty Python et son «ministry of the silly walks», pour ne pas dire l'ingéniosité du burlesque, isolée dans le cadre d'une piste hippique. En même temps continue alors autant l'héritage de Jacques Tati pour rester dans le cinéma français, qu'il n'accompagne celui de Quentin Dupieux (le souffle continu de pipe électronique n'est pas sans rappeler l'absurde fumée d'Au poste !).nnAinsi, le duo de buddy movie devient réellement concret, les péripéties semblent se dérouler naturellement, et l'empathie naît même de l'attirance des contraires, jusqu'à la morale de cohabitation, qui pourrait être convenue. Mais la force du long-métrage est de mêler le bon sentiment au cynisme certes, on cohabite, mais l'ambition de pouvoir derrière cette alliance n'est jamais loin.nLe film est alors passionnant dans sa manière de montrer une politique corrompant l'individu, ici un semblant d'amitié, même quand les personnages disent abandonner toute carrière. Rejetant toute cette mascarade médiatique, Kervern et Delépine, sans l'opportunisme qu'on pourrait leur blâmer mais avec une véritable actualité, se retrouvent davantage dans le groupe de militantes féministes. Sans cacher leur hystérie et les dérives de leur combat (savoureux passage sur la langue inclusive), c'est leur ferveur idéologique (symbolisée bien sûr par ce plan final, poings en l'air) qu'ils glorifient, loin de la mollesse sous Xanax de l'élu écologiste, Vincent Macaigne.

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